Huysmans
Le summum des plaisirs, la suprême délectation réside dans la capacité par l’imagination à recréer l’essence, mais qui se trouve abstraire grâce au pouvoir de l’idée, de la pensée. Le dispositif dans « A rebours » vient suppléer la contingence, la matière qui est l’ennemie. Dans cette esthétique décadentiste, le plaisir est affaire d’idée, de représentations : le plaisir vulgaire est proscrit par cette obsession esthétique, qui considère que l’aspect primaire des plaisirs est à ce point méprisable qu’il faut recréer d’autres plaisirs par l’intermédiaire de l’agencement technique. Par la synesthésie, on dépasse l’immanence du commun. Synesthésie : fusion, correspondance de plusieurs sens. L’esthète sous Huysmans : élitiste comme jamais.
C – Corruption et perversion des âmes : le plaisir de mal faire
La suprême délectation vient de générer la perversion par le mal. Le plaisir pour l’esthète décadent est de pervertir la création, par orgueil, par mégalomanie, par sentiment de toute-puissance. « Fais aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fassent ».
II – Régir des Esseintes comme nouveau démurge
A – De l’égotisme au solipsisme
Reconfiguration d’un monde selon les exigences de la gratification narcissique abusive. Tout se passe comme si l’objectif de des Esseintes était la régression quasi-utérine et la modification du monde selon ses lois. Il cherche à jouir de tous les plaisirs possibles, mais surtout des plaisirs solitaires. On se trouve dans la symétrie, dans l’unilatéralisme. « L’Eve future » de Villiers de l’Isle-Adam : création de la femme parfaite, mais androïde, donc non corruptible. Ce que l’esthète adore par-dessus-tout, c’est le rare, la démarcation. Exhaustion : être fatigué.
B – Jouissance de la maîtrise
Devenir son propre tragique : rechercher une plénitude, une complétude qui ne provienne pas d’éléments exogènes. Réappropriation du Paradis Perdu, un monde sans impuretés ni aspérités, idéal du monde d’avant la naissance.