Habiter un texte de Perla Serfaty Garzon
par
PERLA SERFATY-GARZON
In
DICTIONNAIRE CRITIQUE DE L’HABITAT ET DU LOGEMENT
Sous la direction de Marion Segaud, Jacques Brun, Jean-Claude Driant
Paris, Editions Armand Colin, 2003
p.213-214
Perla Serfaty-Garzon
Habiter
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Fait de rester dans un lieu donné et d’occuper une demeure. Le terme apparaît dans la langue française dès le 11ème siècle ; il revêt ainsi deux dimensions, l’une temporelle et l’autre spatiale qui expriment que l’habiter s’inscrit à la fois dans l’espace et la durée.
L’ethnologie et la sociologie, s’appuyant sur une vision de l’espace comme une matière malléable, un creuset dans lequel se déploient des façons collectives de faire et d’être, ont substantiellement contribué à l’étude des modèles culturels d’habiter et de leur traduction dans la vie quotidienne, soit de l’appropriation du chez-soi. Les écoles phénoménologiques de la philosophie puis de la psychologie se sont, quant à elles, engagées dans l’exploration du sens de l’habiter et de ses rapports avec la constitution de la personne habitante.
Habiter, être
L’homme, rappelle la phénoménologie, vient au monde et, dès ce premier instant, est en relation avec lui-même et avec son environnement naturel et social. Exister, être, signifie donc d’emblée être là, situé, localisé, mais aussi inséré dans une communauté, à un temps donné, tandis que la venue au monde signifie le mouvement de l’être vers celui-ci. Ce mouvement est celui du projet par lequel la personne va saisir les significations que le monde lui offre et, dans ce même mouvement, apporter du sens au monde dans lequel il choisit d’exercer son action.
L’accès à la compréhension de l’essence de l’habiter passe, selon Heidegger, par le rapprochement entre cette notion et « être » à partir d’une exploration étymologique des termes qui disent l’un et l’autre en vieil allemand. Cette exploration, dit Heidegger, établit la filiation entre
« j’habite » et « je suis » et le fait que ces deux termes aient pu être